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Une orthophoniste à l'école...

Depuis quelques années, les enseignants voient déferler dans leurs classes une floppée de pathologies ou de troubles. Dyslexie, dysorthographie, dys-ce ou dys-cela, phobie scolaire, précocité, troubles du développement, troubles de l'attention (avec ou sans hyperactivité s'il vous plaît). Mon enfant est "lent", "rêveur", "anxieux", "fatigable" (oui, surtout, ne le fatiguez pas !) ...

Les familles sont souvent épuisées par le parcours du combattant auquel elles doivent faire face pour faire entendre que leur enfant n'est "pas comme les autres". Mais ce qu'elles ne savent pas, c'est que les enseignants ne reçoivent aucune formation pour prendre en charge toutes ces particularités cognitives. Et pour cause : elles relèvent toutes d'une RE-EDUCATION. L'enseignant ne peut donc pas à la fois éduquer et rééduquer. L'école ne peut à la fois être le lieu du savoir et le lieu de la remédiation ou de l'adaptation.

Ces troubles, je les ai côtoyés durant vingt ans dans mon cabinet libéral d'orthophonie. J'ai reçu tous les parents désoeuvrés, tous ces enfants épuisés de ne pas y arriver ou de passer de profesionnels en professionnels pour savoir ce qu'ils avaient. Comme s'ils avaient attrapé une maladie...

Je les ai accompagnés dans leur chemin de rééducation mais j'avais toujours cette question présente à mon esprit : comment un enseignant peut-il, dans ses classes surchargées, s'occuper du trouble personnel de chacun ? Et devant la plainte de plus en plus vindicative des parents, comment appréhender l'enfant en tant qu'être unique et exceptionnel ?

De 2014 à 2019, je suis passée de l'autre côté du miroir. Je suis devenue enseignante au Groupe scolaire indépendant Candide dans le Sud et toutes mes questions ont refait surface avec, cette fois-ci, l'obligation d'y trouver une réponse.

Des réponses, je n'en ai toujours pas car la clé de la pédagogie est justement de pouvoir nourrir chacun de la façon qui lui convient le mieux. Mais, j'ai pu expérimenter à Candide ce qui favorisait le bien-être des enfants.

En premier lieu, il est évident que l'effectif réduit est la première clé. 15 élèves dans une classe vous laissent l'occasion d'interroger chacun, de vous adresser à chacun pendant les heures de classe. La concentration est bien meilleure chez l'enfant lorsqu'il sait qu'il va pouvoir participer autant de fois qu'il le souhaite et que l'on va s'intéresser à lui. 

Ensuite, la deuxième évidence vient de l'exigence que Michèle Bourton a désiré dans l'application des programmes scolaires. Nous ne les survolons pas parce que nous ne perdons pas de temps à faire copier des leçons durant des heures aux élèves. Nous avons donc le temps de les entraîner, de les faire écrire et lire. Avez-vous déjà vu un sportif réussir une performance sans entraînement ? Jamais ! C'est pareil pour les élèves. A l'heure où notre société base tous ses arguments sur la facilité et l'oisiveté, nous prônons le contraire et nous savons que ça marche !

En tant qu'orthophoniste, j'ai toujours expliqué à mes petits patients que leurs progrès ne tiendraient qu'à l'entraînement intensif qu'ils feraient chaque jour. Ils auraient besoin de beaucoup de courage pour ne pas céder mais les résultats les encourageraient. Au quotidien, cela implique que la famille soit présente et puisse aider son enfant à s'organiser et à se prendre en main à la maison. Cette étape est essentielle.

A Candide, nous insistons toujours sur cette triangulation école-élève-parents. Impossible de fonctionner autrement. Et je crois que c'est ce qui manque cruellement aux enseignants de l'école traditionnelle par faute de moyens bien sûr. Dans notre petite école/collège, (75 élèves en 2019), nous communiquions forcément plus facilement avec les familles qui désiraient un rendez-vous et ce lien renforçait  le sentiment de sécurité chez l'enfant.

A Candide, nous avons eu aussi notre lot de familles qui nous laissaient leur(s) enfant(s) arguant qu'avec 390 € par mois, nous pouvions bien l'éduquer entièrement ! Fatigués, les parents espèrent que quelqu'un prendra le relais mais ils pouvaient rapidement accabler ce nouveau système si les résultats n'étaient pas au rendez-vous. Pourtant, nous ne sommes pas une structure qui guérit les pathologies ! Nous pouvons simplement aider mieux que dans le système traditionnel pour les raisons évoquées plus haut. Heureusement, ces familles ne sont pas légion ! Et les progressions fulgurantes de la plupart des enfants nous enchantaient chaque jour.

Les parents sont donc au coeur de l'évolution et nous avons besoin d'eux pour dresser le cadre dans lequel l'enfant saura évoluer. Un parent qui contredit ou qui conteste l'enseignant verra toutes les chances de réussite de son enfant s'amenuiser et même disparaître. Depuis la fermeture du Groupe scolaire Candide dans le Vaucluse, nous recevons des messages de parents nous demandant de réouvrir la structure mais nous ne le ferons pas à L'Isle sur la Sorgue.

Aujourd'hui, notre expérience nous apporte une certitude et elle risque de faire bondir un certain nombre de lecteurs : travail et cadrage éducatif fonctionnent ensemble pour favoriser la réussite de nos élèves. Nous exigeons de ces derniers qu'ils travaillent et n'avons pas peur de les "fatiguer". Nous leur demandons de ne pas s'appuyer sur leurs troubles pour avoir l'excuse de ne rien faire. Nous demandons aux familles de les encourager plutôt que de les plaindre et de les aider à trouver comment s'adapter au monde. Les rééducateurs paramédicaux sont de merveilleux vecteurs pour trouver des solutions et des compensations aux différents troubles. L'effort doit redevenir une qualité à développer.

Dans la configuration pédagogique de notre établissement dans le Vaucluse, nous avons remarqué que bien des troubles cessaient de s'exprimer avec autant de force qu'avant tout simplement parce que nous avons mis l'enfant au travail avec fermeté et bienveillance !

C'est dans cette vision d'espoir que l'orthophoniste et l'enseigante que je suis trouvent toute leur place.

Céline BRUSA, Présidente de l'ONG Candide International, orthophoniste, conférencière, communicatrice animale.

 

 

 

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